XLIII. Breve faciam

9 mai 2012

Profitons de ce que s’inaugure ces jours-ci une ère nouvelle où il suffit de se promener une rose à la main pour se faire reconnaître de cette étrange confrérie des droits de l’homme, de la tolérance et de l’amour du prochain pour nous autoriser un petit billet d’humeur, sur ce qui ne manquera pas de devenir un nouveau quinquennat de l’absence d’esprit critique. Garder à l’esprit comme un mantra que le dernier gouvernement socialiste a financé largement l’une des pires décennies artistiques – et plus largement culturelles – de ces derniers siècles français devrait suffire à rappeler à quiconque exige de l’art un minimum de substance que nous entrons de plain pied dans cinq années de tribulations.

Là où une France pourtant jugée réactionnaire – les plus audacieux prononceront le commode “fasciste” – péchait déjà par excès de libéralité envers des “artistes” dont le peu de talent se voyait atrophié par la toujours rassurante présence de la mamelle nationale, il ne faut pas douter que la nouvelle epistémè bien pensante se montrera encore plus performante dans le biberonnage contre-productif des mauvais artistes.

Car ce que le quidam français  – à plus forte raison s’il est “artiste” – prend pour un devoir de l’État envers les créateurs, c’est-à-dire le financement sans conditions de toute production, si infâme soit-elle, qui se réclame du doit d’expression de l’individu (même plus, du citoyen, car c’est dans les moments de besoin que la fibre nationale se ravive comme par enchantement …), n’est en fait qu’une déviation de l’obligation naturelle qui lie tout État à l’endroit de ses créateurs de talent. Car à toutes les autres époques françaises, on s’est accordé sans qu’il soit besoin d’en débattre sur le fait que seul oblige le talent, pour ne pas dire le génie. L’État est redevable au génie parce qu’il donne à la France, et pour cette raison, il est en droit de recevoir de son pays en retour. Le médiocre, lui, réclamerait de même alors que non seulement, son effort n’est d’aucun bénéfice pour la nation, mais qu’encore, il s’impose comme une épreuve pour le regard de tous ses compatriotes doués de goût.

Il y a quelques siècles, les artistes maudits  nourrissaient leur abnégation de l’indifférence du public, et il en ressortait des œuvres qui s’avéraient d’autant plus méritoires qu’elles étaient produites dans les pires conditions. Aujourd’hui,  l’artiste maudit n’existe presque plus (sans doute existera-t-il moins encore à brève échéance), car nos cadres de pensée exigent qu’on traite également le génie et le médiocre. Que peut bien vouloir montrer un génie lorsqu’on le met d’office sur le même pied que les pires de ses concurrents ? Que peut bien vouloir le médiocre dès lors que l’absence d’habileté lui assure la même rétribution que le travail acharné pour la posséder ?

Dans Jacques le fataliste et son maître, Diderot lance au détour d’une page cette savoureuse anecdote du mauvais poète, à qui il conseille de se rendre à Pondichéry pour y rassembler par son travail une forte somme, puis de revenir faire des mauvais vers à Paris, en vivant sur ce qu’il a gagné. Voilà un exemple de bon sens sur lequel la France ferait bien se se pencher à nouveau, pour se rappeler qu’on peut bien financer le génie, mais que le médiocre, s’il s’entête, doit accepter de persévérer à ses frais.

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