XLI. Breve faciam

6 avril 2012

« Nous connaissons tous ces livres qui nous brûlent les mains et que nous semons comme par enchantement – nous les avons rachetés une demi-douzaine de fois, toujours content de ne point les voir revenir »

Jean Carrière, Julien Gracq ou les reflets du rivage

Une phrase qui parvient à extorquer au lecteur un sourire en coin tant elle est emplie de  naïveté: du prosélytisme littéraire, en effet, l’on goûte bien plus souvent l’autre face, amère, celle qui nous voit échouer à communiquer à l’Autre la moindre bribe de notre trouvaille. Combien de passions littéraires n’ont elles pas trouvé dans ce passage de relais un destin tragique – dont la pire figure n’est sans doute pas tant la divergence d’opinion que l’acquiescement résultant d’une lecture débile ? Le lecteur qui tient aux pièces maîtresses de sa collection de chef d’œuvres en tire bien vite les leçons et cesse de partager à tout va – s’aiguillant dans le commerce littéraire selon le conseil shakespearien, « Donne a chacun ton oreille, mais à très peu ta voix ». Par suite, il identifiera les prosélytes de la lecture comme autant d’éternels naïfs, ou d’accablants narcissiques dont les conseils n’ont pour fonction que de faire vitrine – et passée la porte, le magasin s’avère généralement, désespérément, vide … Quiconque donc, s’est suffisamment brûlé les mains sur un réjouissant ouvrage redoutera doublement d’exposer ses plaies à l’acidité d’un tiers.

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