XXXVII. Gérard Bonnet: Comment peut-on être psychanalyste ?

16 mars 2012

Le titre de ce court opuscule comporte déjà une ambiguïté savoureuse: s’y voient confondues les deux perspectives, d’une accession à la profession d’une part, et d’une difficulté de soutenir le statut d’analyste. Car bien entendu, on ne peut traiter la chose à la façon du guide d’orientation, sachant que derrière les aspects pratiques qu’impliquent ce choix de profession, s’exprime un désir qu’il est plus que jamais légitime de questionner. Avant de savoir le comment, Bonnet fait la part belle au pourquoi. Qu’en est-il de ce désir il est vrai assez singulier qu’est celui de dialoguer avec l’inconscient de l’autre, de plonger dans les méandres de son texte intime, et de se confronter sans cesse à l’énigme du sphinx ? Sachant que l’ébranlement  vers la carrière psychanalytique suppose d’abandonner les faux semblant, et plus encore, de mettre en pleine lumière tout ce qu’ils possèdent de signifiant, l’auteur n’a pas choisi de faciliter la tâche à son lecteur. Les bonnes raisons de vouloir devenir psychanalyste sont immédiatement suivies de la légion des mauvaises raisons de le devenir, dont l’implacable dénonciation aura vite fait de décourager l’aspirant-analyste peu assuré quant à son désir. S’engager dans la lecture de ces 120 pages est donc une expérience qui a bien peu à voir avec l’examen d’une brochure professionnelle; c’est déjà faire un premier geste de retour sur soi, accepter de se questionner-soi selon les pistes suggérées par Bonnet. Et l’on sait l’importance que revêt, en psychanalyse, le premier geste, l’entrée en analyse.

Au-delà de cette première « épreuve par le feu », la portion proprement informative est elle aussi louable en ce qu’elle déroule un panorama extrêmement réaliste et du travail quotidien de l’analyste, et du milieu associatif analytique. Y sont traitées aussi bien les difficultés liées à la monotonie des séances que celles liées aux fameux déchaînements narcissiques dont les associations psychanalytiques ont pour tâche d’être le théâtre et le champ de décharge nécessaire.

Quant au style, pour finir, il est précis tout en évitant d’être trop technique, servi par une érudition qui vient ponctuer des exposés parfois nécessairement arides, et témoigne d’un rapport vivant à la discipline analytique qui vivifiera sans nul doute le désir de tout lecteur ayant relevé tous les défis imposés par cet opus.

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