XXVI. Les débutants, d’Anne Serre

27 novembre 2011

Ne connaissant de l’auteure que ce recommandable opus, je laisse le soin à d’autres de restituer ce dernier dans le mouvement global d’une œuvre qui, si elle se hisse à la hauteur des « Débutants » ou même (espérons) le surpasse, mérite sans doute qu’on s’y perdre un peu.
Au premier abord, cet ouvrage ne semblait avoir de véritablement alléchant que la qualité de la prose, tant il est vrai que le thème d’une femme qui comme Dante, arrivée au milieu de sa vie, et perdue dans une forêt de sentiments aussi contradictoires que potentiellement ennuyeux, hésitant entre son lion et sa panthère, risquait fort de faire louvoyer ce volume vers les eaux troubles du roman de gare (Nénamoins, après la lecture du Limonov de Carrère, une plume de qualité a déjà valeur de thérapie, ne boudons donc pas notre plaisir …). Fort heureusement, la finesse psychologique d’Anne Serre nous évite l’écueil du sentimentalisme béat, et des oppositions faciles entre « être fidèle à son amour » et « vivre sans regrets ». On referme ce livre en se demandant quelle lecture en diagonale a bien pu pousser certains critiques à étiqueter avec condescendance ce court et plus que valable roman de « léger ». A coup sûr, seul le travail desdits critiques sur ce roman mérite ce label, eux qui n’ont pas su voir dans les pointilleux et si justes effleurements du désir de la protagonistes par la plume de l’auteure le parfait dosage entre sérieux et pudeur. A aucun moment, même au cœur des situations érotiques, Serre ne se départit d’une certaine distinction qui l’empêche de verser dans le voyeurisme et autres cocasseries de chambre à coucher, préférant, même lorsque son héroïne se questionne sur le membre viril de son Jude l’Obscur, en faire le point de départ d’un monologue intérieur ciselé, plutôt que de verser dans une crudité sans lendemain.
Un roman qui ne change pas la vie mais qui déroule avec brio le charme d’une vie qui change, et donne simplement envie de laisser encore quelque temps le livre posé négligemment sur la table basse de son salon, comme une injonction silencieuse à apprécier la vie à la façon dont finissent les dernières pages, avec une sérénité et une justesse des plus poétiques.

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