VI. Maxence Caron: Bréviaire du subvertissement, entre logique et grégarisme

25 février 2011

Une petite réaction à la « Chronique Inactuelle » de Maxence Caron, datée du 24 février 2011.

Dans « Le Saint Nom de la mère de Dieu », Maxence Caron fait montre de sa passable irritation envers la critique du dogme marital par les mouvances de type protestant. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne parle pas à mots couverts: les critiques sont qualifié de « crétins », dont les arguments ineptes seraient le fruit d’une difficile émergence extirpée de leur « crasse mentale ». Il n’hésite pas à formuler d’audacieuses associations, entres protestantisme et hérésies des premiers siècles, la différence serait faible. Et de conclure son morceau de bravoure par l’affirmation du dogme marital comme « indissociable » de celui de l’Incarnation, le lyrisme allant jusqu’à nous suggérer que le rôle de la Vierge Marie est l’indispensable clé à toute herméneutique de la venue du Verbe en ce monde.

Loin de vouloir me lancer dans un récapitulatif du « crasseux » mais néanmoins solide argumentaire protestant, j’aimerais mieux faire valoir la manière dont Caron subvertit, d’une manière toute sophistique, la distribution des rôles entre tenants d’une cohérence logique du texte biblique et défenseurs d’un dogme marital que d’aucun philistin à la solde de Luther pourrait qualifier de soupçonnable (avançons masqués, cela vaut mieux). Car le véritable tour de force du texte qui nous intéresse, c’est qu’il fait passer tout refus du dogme marital comme une incompréhension fondamentale du message biblique.« Il en est qui en effet protestent, ils aiment protester, ce leur est un excitant de protester contre la Vérité, au point de se rendre imbécile en n’admettant pas une part des mystères chrétiens tout en en confessant l’autre ». Sans dogme marital, donc, impossible de comprendre la vérité christique. Voilà une bien singulière affirmation, qu’il faudrait délester de ses ornements grandiloquents pour en examiner le fondement. Les paroles du Christ, ou même mieux, l’Épitre aux Romains est-elle donc du domaine de l’inaccessible pour tous les béotiens refusant l’évidente – et pourtant dans les faits grand facteur de désunion – Maria Dei Genitrix ? L’avisé Paul de Tarse, dans les écrits duquel on serait bien en peine de trouver la trace de la Sainte Mère de Dieu, aurait-il pu d’un même mouvement se fourvoyer sur la Vérité profonde de l’Incarnation et fonder le dogme chrétien ? L’impénétrabilité semble caractériser aussi bien les voies de Maxence Caron que celles de Dieu.

Ainsi nous voici amenés au cœur du paradoxe: la logique et le souci de cohérence, fers de lance de l’argumentation d’obédience protestante, sont transférés sans que l’on sache trop pourquoi dans le camp de l’Ecclesia de Romana, alors que la honte liée à la conduite grégaire, malheureuse contrepartie d’une christianisation de tendances païennes, se voit par bonheur transférée de la Curée  romaine à la longue lignée des hérésies au dogme catholique. On croirait marcher à l’envers ! Et l’on observera avec stupeur que chaque idée frappée au coin du bon sens est systématiquement « retournée » par Caron, d’une manière presque pathologique, dans un geste d’aberrant nietzschéisme qui répète à qui veut l’entendre  que « tout ce qui nous paraît vrai de manière transparente est exactement l’inverse de la vérité ». Ainsi, la diversité des arguments contre le dogme marital n’est plus le signe que celui-ci possède une légitimité avoisinant la nullité absolue, mais le signe de la subjectivité crasse de ceux qui préfèrent suivre la doxa contestataire sans se fonder sur un examen objectif de la question. « Il y a tant d’imbéciles, et tant de doctrines hérétiques par imbécile » (nous voilà prévenus !); l’absence de fondement du dogme, d’embarrassante qu’elle était, suffit à télescoper  celui-cidans la catégorie des Mystères; et pour finir, l’emploi d’un vocable grec ayant trait au superlatif dans le salut de l’Ange Gabriel devrait nous convaincre du rôle central de Marie, là où pourtant la Parole de Dieu chaque fois qu’elle aborde une vérité capitale de la foi chrétienne, nous la représente comme brillant par sa récurrente absence. Mais rien ne sert de torturer le grec, de lui fournir mille et unes extensions de sens et nuances, et le remâcher pour en sortir tout le potentiel sémantique, alors que le style biblique en de si nombreux endroits (et en particulier dans la bouche des messagers de Dieu), est naturellement emphatique jusqu’à l’excès.

Il a certes fallu à Maxence Caron déployer bien des forces pour effectuer pareil subvertissement de la logique et de la Raison – osera-t-on dire du bon sens ? – seulement, le contraste entre l’avant et l’après est trop fort pour ne pas prêter à sourire. Le grégarisme, en bien ou en mal, est bien un attribut du dogme marital, et non de ceux qui, par souci de l’orthodoxie de leur foi plutôt que par simple compulsion de négation, persistent à faire entendre une vérité évangélique qui se passe très bien d’expliquer si oui ou non, la Vierge est restée immaculée du début à la fin. Saluons  enfin, en guise de conclusion du présent argumentaire, le  raisonnement spécieux qui nous est offert lorsqu’il est question de l’établissement tardif du dogme par l’Église. Parce que l’établissement comme dogme n’est pas nécessairement signe de flottement antérieur, on devrait en conclure la question réglée. Que celui qui possède plus d’un « nanogramme de culture théologique » veuille bien nous éclairer dès lors sur le moment fatidique où le Christ nie son ascendance humaine pour faire de tous les hommes ses frères, de toutes les femmes sa mère, alors que la logique implacable de l’apologiste catholique ne peut voir que comme aberrant le déni de sa filiation avec celle qui semble l’égale du Sauveur, voir même au-dessus (« Le bienheureux Jean-Paul II en ce sens affirmait que prier la Vierge Marie le conduisait toujours plus vers le Christ, mais que prier le Christ le conduisait toujours plus vers la Mère de Dieu »). La question reste en suspens, il ne nous reste, à nous autres « antidicomarites » aliénés, qu’à attendre l’éclatante résolution du paradoxe. Nulle doute ne peut planer, nous aurons le droit à d’encore plus estomaquantes acrobaties …

ADDENDUM

Il me tient à cœur de rajouter que je ne souhaite en aucun cas faire de tort – le pourrais-je ? – à  Maxence Caron, dont je reconnais et respecte la qualité de la réflexion et la finesse de la plume. Et parce qu’il est certain que j’ai une profonde affinité avec sa sensibilité philosophique, j’ai bien l’intention de me pencher sur La vérité captive, lorsque le temps et le moyens me permettront d’étudier son volumineux et onéreux ouvrage.

 
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